AUX BRAVES GENS DE CETTE PAROISSE

Avant d’entrer chez vous, ai-je besoin de présenter mes papiers ? Vous me connaissez.

Ce que je suis ? – Un commissionnaire du bon Dieu, un messager errant qui s’en va de maison en maison, de village en village, ramassant de-ci, de-là tout ce qui peut intéresser un bon chrétien. Je suis très bavard, mais pas médisant, espiègle souvent mais pas méchant, je prêche sans longueur, je conseille sans mauvaise humeur, je gronde sans amertume, j’affectionne tout le monde : mes ennemis pour Dieu, mes amis pour eux-mêmes et les autres par-dessus le marché.

Ce que je fais ? – J’entre dans l’église et dans les chapelles, j’assiste aux offices du dimanche, même aux vêpres, j’écoute les sermons, les catéchismes, je pénètre dans les sacristies pour y consulter les registres des baptêmes, des enterrements et des mariages, et je vais voir au presbytère les Messieurs prêtres pour causer avec eux et savoir ce qui se passe dans la paroisse. Ah, ce qu’ils en savent long !...

Ce que je veux ? – Je vous l’ai déjà dit : vous faire mieux connaître le bon Dieu et sa sainte Religion, vous aider à vivre plus intimement de la vie de la paroisse, vous inspirer l’amour de l’Église, vous initier à ses joies et à ses peines, à ses espérances et à ses craintes, vous mettre en garde contre ses ennemis, vous engager à vivre honnêtement, chrétiennement et par là vous pousser tout doucement à l’entrée du Paradis. Je ne mange ni ne bois et n’ai besoin que d’un sou par mois – mais vous êtes libres de donner davantage – pour ma toilette et mes menus frais de voyage. Si vous le voulez, mettez-moi donc pendant la veillée sur le bout de la table, auprès de la lampe ou dans l’âtre sous la résine qui crépite et qui fume. Je serai bien partout, mais pas dans le fond d’une armoire car j’ai horreur de la nuit et de l’abandon. Veillez à ce qu’il n’y ait auprès de moi ni mauvais livre, ni mauvais journal, car j’ai peur d me gâter et de me salir.

Avec tout cela, j’oublie de vous resouhaitez une bonne année et de vous dire mon nom. Je m’appelle : le Bulletin paroissial.

Extrait du Bulletin paroissial de janvier 1911