FUREUR DE VIVRE ET ÉNERGIE DU DÉSESPOIR

Eté 1944. La France est entièrement occupée par L’Allemagne, des débarquements alliés en Provence et Normandie, rendent les Allemands inquiets et nerveux, ils ont la gâchette facile, tout homme en âge de porter une arme est suspecté de faire de la résistance : la suspicion est généralisée.

A Séné, un groupe de jeunes rejoint les maquisards, commandé par le Capitaine Gougaud ; Campagnes et forêts, sont leur refuge. Un Sinagot à l’allure athlétique est sollicité pour rejoindre le maquis : il s’appelle Antoine Le Lan mais tout le monde l’appelle Mathurin à cause de sa ressemblance avec son père Mathurin Le Lan de Gornevez ; Dans ce village, il est connu sous le nom breton de Chele mi (écoute moi).

Antoine a rendez-vous dans le village de Langle et, c’est accompagné de deux autres Sinagots, qu’ils effectuent la traversée en barque pour rejoindre Conleau, puis Plescop à travers champs. Ils arrivent en soirée au lieu de rendez-vous : les maquisards y sont nombreux.

Les jours suivants, un parachutage l’amène à avoir sa première arme, un fusil Canadien. Il s’en sert rapidement pour attaquer les Allemands à Botségalo et se réfugier en forêt de Florange. En colonne par un, les maquisards arrivent la nuit. Beaucoup tombent de fatigue, il faut enlever tout ce qu’il y a de compromettant. Antoine se retrouve à la Chapelle-Neuve avec un bazooka, une mitraillette avec chargeurs, 10 kgs de haricots et son fusil. La faim les tenaille, en marchant, un morceau de pain, un coup de cidre ou d’eau est offert par des gens ; Ils sont environ 1000 hommes. Le Capitaine Gougaud est aimé de tous, il est très attentif au ravitaillement et à la sécurité de ses hommes.

Antoine est de garde avec un autre Sinagot ; Un jeune garçon accourt et leur signale que de nombreux Allemands se trouvent dans le village et que les maquisards, au nombre de 28, sont encerclés. Après un vote rapide, il est décidé de cacher les armes et de partir par groupe de 2 / 3. Antoine se retrouve en compagnie de Jean Doriol, coiffeur à Vannes ; Ils arrivent à Saint-Avé et décident de rentrer chez eux.

De retour à Séné, Antoine rencontre son beau-frère Marcel Dagouassat. Il a été contacté par Robert Matel, un gars de la résistance qui cherche un homme de confiance pour effectuer une mission délicate. Antoine et Robert ont rendez-vous dans une lande de Séné : tous deux appartiennent à la résistance, Antoine doit rejoindre dès que possible la 1ère compagnie. Après avoir sondé Robert, il décide de le suivre.

La mission délicate consistait à tuer à 12 h 15, à Vannes, au Café de la Petite Vitesse, une femme blonde espionne, un officier de la Feldgendarmerie et un des chefs de la Gestapo. La femme blonde espionnait pour les Allemands se faisant passer pour une sœur ou femme de maquisard, elle demandait des renseignements ; Il fallait éliminer ces trois personnes.

Antoine et Robert partent à bicyclette, ils récupèrent Marcel un peu plus loin. La roue avant de Robert crève, il faut continuer à pied séparément. Rendez-vous est pris au Café des Colonies avec un gars pour avoir les derniers renseignements. Le café est fermé, celui de l’Océan est ouvert. Le gars n’est pas là, la mission doit être faite coute que coute. Il faut réparer le vélo chez Rouxel, rue du Roulage et récupérer les armes à côté du pont de chemin de fer : ils n’y arriveront jamais !

Alors qu’ils s’apprêtaient à descendre la rue du Mené, une voiture noire venant en sens inverse s’arrête à leur hauteur devant le cinéma Royal (Cheminant aujourd’hui). Deux hommes s’engouffrent dans une maison à côté ; Un officier Allemand et deux gestapistes révolver au poing tirent sur Robert qui a pris la fuite. Antoine se trouve à une vingtaine de mètres derrière, il tente de fuir, il enfourche son vélo, Marcel lui crie "Descend", deux Feldgendarmes sortis de l’hôtel à côté s’apprêtent à lui tirer dans le dos.

Antoine et son beau-frère sont embarqués dans la voiture de la Gestapo, direction rue des Fontaines, où ils sont déshabillés et interrogés sous la torture ; Ils ne disent pas un mot sur leur activité. Conduits dans une salle où se trouvent huit officiers Allemands et deux femmes Allemandes “ souris grises “, c’est un à un qu’ils seront interrogés par les femmes ; Celles-ci leur demandent pourquoi ils ont été arrêtés, s’ils connaissent les noms des chefs maquisards etc... et proposent à chacun d’être déporté plutôt que d’être fusillé. Au passage, elles leur indiquent comment s’évader du train... !

Antoine et Marcel se retrouvent de nouveau ensemble dans la même pièce ; Ils sont frappés sans ménagement par leurs gardiens, puis trainés devant une fenêtre. Ils aperçoivent toute la population qui vient d’être ramassée. Parmi elle, Emile Morin, ’ qui deviendra Sinagot ’. Robert est parmi eux, il est trainé dans la cour avant de rejoindre ses deux compagnons. Il est dans un triste état : deux balles dans la cuisse et une autre dans la tête. Trois Allemands les prennent par la tête et les cognent les unes contre les autres. Robert tombe à leurs pieds évanoui et est trainé dans une pièce à côté. Pour Antoine et Marcel les coups continuent jusqu’à 15 heures. Ils sont transportés dans une cellule de la Feldgendarmerie. Vers minuit, ils sont menottés l’un à l’autre, un camion les dépose à la prison de Vannes place Nazareth, pour prendre deux prisonniers : nous sommes le 31 juillet 1944.

Antoine qui connait bien Vannes sait que le camion prend la direction d’Auray, puis un chemin chaotique les mène au bord de la mer ; Un beau clair de lune laisse entrevoir un château, une statue blanche et des iles.

Les 4 jeunes gens sont placés contre un mur d’enceinte, un officier arrive, donne des ordres, les deux plus proches du lieu choisi pour l’exécution, sont amenés près de l’eau. Normalement, c’est Antoine et Marcel qui auraient dû être les premiers exécutés. Dans la cour de la prison de Vannes, le destin en a décidé autrement. Leurs deux compagnons s’apprêtent à monter les premiers dans le camion de la mort ; Ils ont leurs chaussures délacées et sont priés de les nouer. Pendant ce temps, Antoine et Marcel chaussés de bottes, montent dans le maudit camion, ils en sortiront les derniers, ce qui permettra leur évasion pendant l’exécution des deux camarades sortis les premiers.

En attendant d’être à leur tour fusillé, ils sont gardés par une sentinelle, un trou noir attire leur attention et les incite à partir. La sentinelle tient sa mitraillette sur les côtes d’Antoine, les premières rafales claquent, les deux gars s’écroulent ; L’un d’eux n’est pas mort sur le coup, il les insulte, une deuxième rafale lui est fatale : cet imprévu détourne l’attention de la sentinelle. Antoine le bouscule, il trébuche, les deux enchainés courent vers ce trou noir, sautent le parapet pour escalader la barrière, c’est du « sauve qui peut ».

Les enchainés courent vite très vite, glissent sur du goémon, tombent et se relèvent ; Les Allemands les poursuivent en tirant, glissent et tombent aussi. Une jetée s’avance dans la mer, c’est la cale de Penboch. Il faut se jeter dans la mer si on veut échapper aux poursuivants, nager, mettre sa tête sous l’eau pour éviter les balles Allemandes ; L’énergie du désespoir décuple leurs forces. Dans l’obscurité, ils aperçoivent une ile et décident de la rejoindre, Marcel n’en peut plus, il a le crâne défoncé par les coups de mitraillette Stenn reçus, il perd beaucoup de sang.

Antoine l’encourage, exténués, ils arrivent enfin sur le rivage : ils sont sur l’ile de Drenec. Le clocher de l’ile d’Arz est reconnu, il faut se remettre à l’eau pour rejoindre cette ile et frapper à plusieurs portes avant qu’une s’ouvre enfin ; C’est celle des frères jumeaux Evain de la classe 42 : ils ont refusé la déportation. Aidés de leurs parents, ils libèrent les deux enchainés. Marcel tombe évanoui. Il est ramené à lui en desserrant sa mâchoire pour y verser de l’eau de vie ! Ils reçoivent des vêtements secs et il faut déjà repartir : l’ile n’est pas sure.

Une embarcation est mise à disposition pour rejoindre L’ile de Tascon. Le vent fraichit, l’embarcation coule à pic, dans l’obscurité ils se perdent de vue, ils se rejoignent à l’ile de Lerne : Antoine arrive le dernier. Sur l’ile, il y a un gardien, il possède une embarcation et se propose de déposer nos deux évadés à Tascon où un oncle d’Antoine tient une ferme ; Ils comprennent très vite qu’ils ne peuvent restés là : les Allemands sont passés dernièrement cherchant des terroristes et ont emmené les 2 cultivateurs de l’ile, puis les ont relâchés.

Rejetés partout où ils se pointent, ils se positionnent sur la pointe de l’ile et aperçoivent des filles de Séné qui s’en vont faire leur marée ; Celles-ci les prennent à bord de leur embarcation et les ramènent à Séné. La trouille au ventre, ils sont déposés dans le bateau Sinago du père d’Antoine, qui lui se cache à l’ile de Boède avec sa sœur et sa petite fille âgée de 2 ans. Tout le monde se retrouve à bord de l’Abbé de L’Épée, les voiles sont hissées et ils naviguent d’iles en iles.

Le 2 août, Marcel est pris de violentes douleurs au côté, il lui faut consulter au plus vite et de nuit un vieux médecin de l’Ile d’Arz : une pleurésie est diagnostiquée. Le boucher de l’ile, M. Massé, l’hébergera jusqu’à sa guérison complète. Antoine rejoint la section des Sinagots et participera à la libération de Vannes. En attendant la fin de la guerre, il sera affecté sur le front de la Vilaine, jusqu’en janvier 1945.

FIN

Que sont-ils devenus ?

Après la guerre, Antoine rejoindra La Rochelle, et prendra pour épouse une jolie descendante de Séné ’ Josette ’. Le jour de leur mariage, en présence du Kanak, un aumônier retracera le parcours d’Antoine. Toute l’assemblée est en larmes ; Antoine deviendra Patron de Pêche au Large et sera souvent cité, dans le top des meilleurs. Peu de temps avant de s’éteindre à l’âge de 73 ans, il écrira le récit de cet article.

Marcel ira travailler comme mineur de fond dans le Nord. A l’âge de la retraite, il rejoint Séné et habitera dans la maison de son beau-père Mathurin Le Lan. Tous les ans, il ira se recueillir à l’endroit où les deux compagnons furent fusillés : il s’agit d’Albert Le Cam et de Louis Mahé. Une plaque mémorise leur exécution. La silicose aura raison de sa santé, il s’éteindra à l’âge de 70 ans.

La tenancière du Café de La Petite Vitesse, Léontine Le Yondre, sera jugée par le Tribunal Militaire de Rennes. Condamnée à mort, elle sera graciée par le Général De Gaulle, en 1946, tous ses biens furent confisqués.

Le Kanak, 02/11/2014.