HENRI... QUEL HOMME !

Henri Joseph Marie est né à Theix en 1932....

... Il porte le nom de la commune de Surzur dans le Morbihan. Il vit à Séné depuis qu’il a atteint, ce que l’église appelle l’âge de raison, c’est à cet âge qu’il fera plusieurs fois des allers-retours à pied entre Séné et Theix, le temps de déménager. Sa famille est pauvre, plus pauvre que les pauvres, il vient dit-il du bas, du très bas. Henri ne se souvient plus de l’âge où il a commencé à travailler, dès qu’il a su marcher sans doute ! Gardant les vaches ici, travaillant un jardin là-bas, avec comme salaire de quoi manger tout simplement, ou si, salaire il y avait, c’était pour payer la note chez le boulanger et l’épicier. A l’école, Henri est plutôt bon élève, avec son œil de lynx, il pige tout du premier coup. En calcul mental, il est rapide comme l’éclair : dans son cerveau il y a... comme un ordinateur ! La plupart des écoliers rejoignent la cantine des religieuses pour prendre un repas chaud le midi, moyennant un petit pécule. Henri, ne l’a pas, il reste dans la cour avec Gilles son compagnon de misère ; Dans leur musette, un morceau de pain, le même qu’hier et que celui de demain !

A 14 ans, il termine ses H.E.C. (Hautes Etudes Communales), embarque comme matelot sur le sinago La Marguerite, puis sur Le Joseph et Thérèse, de «  Jeanmar », patron au comportement paternel, Henri ne l’oubliera jamais ! Ils passeront 5 ans ensemble. Henri aura très vite son autonomie financière, le peu qu’il gagne lui appartient, ce qui n’est pas le cas de ses copains Sinagots, à qui, les parents donnent 5 frs pour les sorties du dimanche. Ils sortent en groupe et à bicyclette, chacun met son argent dans une bourse commune, et très vite, elle se vide. C’est alors qu’intervient Henri, il devient le banquier du groupe, lui, le pauvre qui prête à plus riches que lui ! Henri est généreux.

Le dimanche ce sont les fêtes foraines qui sont recherchées, avec flonflons et accordéon... Tous les lundis matin les 2 sœurs d’Henri connaissent tout de l’itinéraire parcouru, elles savent tout. Quand Henri rentre fatigué de son dimanche, il a tendance à parler en dormant, il retrace sa journée... pour la plus grande joie de ses sœurs.

En 1952, Henri est appelé sous les drapeaux pour effectuer son service militaire. Il est incorporé à Hourtin dans les Landes. Dans sa chambrée, plusieurs savent jouer d’un instrument de musique, Henri ne voulant pas passer pour un ignorant, lance, qu’il sait jouer de l’accordéon et que le sien est à la maison ! Jusqu’au jour où un copain arrive dans la chambrée :

  • - Henri, Henri, je t’ai trouvé un accordéon, Tiens prend-le !

Henri le regarde :

  • - Ce n’est pas le même que le mien, pas du tout les mêmes touches, impossible de jouer avec ça. Ouf l’honneur est sauf !

Henri quittera Hourtin direction le Maroc avant de rejoindre Séné. Ses qualités de bon marin sont connues de tous. A peine débarqué du Maroc, il embarque sur le sinago La jeune Alice basé à l’Ile aux Moines ; Le patron est originaire de Séné, il s’est marié à une jeune veuve iloise. Il connait Henri et sait qu’on peut compter sur lui, c’est un homme de confiance ! Henri aura sa chambre chez son patron, il y sera chez lui !

Sa patronne est d’une santé fragile, ce qui n’est pas le cas d’Henri ; Il a franchi à saute-mouton, toutes les maladies infantiles, il est immunisé, c’est un roc. Un jour, sa patronne alitée, demande de lui donner un médicament posé sur le buffet de la cuisine. Henri serviable, sort le médicament de son étui, le met dans un verre d’eau, puis le « touille » avec une petite cuillère, comme il a vu faire, sauf que dans le cas présent il s’agit d’un suppositoire. Certes il fond, mais pas au fond d’un verre ! Il fond au plus profond de nous, on apprend tous les jours !

Si Henri est un excellent pêcheur, c’est aussi un excellent vendeur. Que ce soit à l’Ile aux Moines ou ailleurs, ses collègues marins-pêcheurs devront attendre qu’il ait vendu toute sa pêche avant de pouvoir vendre la leur ; Il a l’art et la manière, ce petit plus qui fait la différence, celui que lui a enseigné son patron Jean Marie dit «  Jeanmar  ».

Henri ne restera pas longtemps matelot, il a les qualités requises pour être patron. Il achète un sinago, L’aventure qu’il s’appelle, pour lui l’aventure commence.

Il fonde un foyer avec la plus belle fille du village de Cadouarn, une sinagote de 7 ans sa cadette. C’est unis par la pauvreté qu’ils vont s’unir devant dieu en l’église Saint Patern de Séné. Saint Patern, Patron de la pluie, laissera ce jour-là, le soleil rayonner sur eux. Petit à petit, ils vont construire leur nid et graviront une à une les marches de la réussite. Ils connaitront des joies, mais aussi des peines, c’est main dans la main qu’ils feront face ! Tous les 2 imposent le respect, la médaille du mérite leur revient. Il y a chez Henri, comme de la noblesse, il sait écouter avec attention, ne coupe jamais la parole, parle posément, sa compagnie est recherchée, c’est un sage rempli d’expérience, c’est celui qu’on écoute ! Henri est du genre à mourir debout, une volonté hors du commun, jamais, il n’a reculé, il fait penser au général qui disait à ses troupes : Si j’avance, suivez-moi ! Si je m’arrête, poussez-moi ! Si je recule tuez-moi !

Une fois terminé son aventure avec le sinago L’aventure, Henri fera construire un bateau ; Il lui donnera le nom de Rien sans peine, nom, ô combien révélateur. Pour le dernier, il a choisi celui de Ma brunette par amour pour sa charmante épouse : «  Un jour nous nous séparerons, la peine de s’être perdus, ne nous fera pas oublier la chance de s’être connus ! »

Continue ta route, toi l’infatigable marcheur !

Le kanak le 14/07/2014

23/23

histoires : 1.2.3.4.5.6.7.8.9.10.11.12.13.14.15.16.17.18.19.20.21.22