Hommage à Henri SURZUR

Hommage en l’Église de Séné, lors de la Messe d’adieu, le vendredi 29 avril 2016, par Jean RICHARD.

C’est avec beaucoup d’émotions que je vais vous parler d’Henri. On se connait depuis toujours, c’était un bon copain. Quand votre copain n’est pas bien, vous n’êtes pas bien non plus, quand il vous quitte, vous avez un gros chagrin. J’essaye de me consoler en me disant que j’ai eu de la chance de l’avoir connu.

Quand on connait et qu’on regarde le parcours d’Henri, tout de suite le respect et l’admiration s’imposent. Henri était issu d’une famille modeste, très modeste, il disait parfois :

-  Je viens d’en bas, de très très bas.

Un jour un employé de l’Administration lui a demandé :

-  A quel âge avez-vous commencé à travailler ?

Henri a répondu :

-  Je ne m’en souviens plus !

Henri a fréquenté l’École des Garçons du bourg de Séné, celle dirigé par M. CAPPE, un nom dont les anciens Sinagots se souviennent, c’était un élève brillant, d’une rapidité surprenante en calcul mental. L’hiver « et Dieu sait si à cette époque, ils étaient rigoureux » quand les cloches de cette église sonnaient les 12 coups de midi, les écoliers traversaient la route pour se rendre chez les religieuses où on nous servait pour presque gratuitement un bol de soupe bien chaude ; Henri lui ne venait pas, il restait dans la cour avec Gilles, celui qu’il appelait son compagnon de misère. Dans sa musette, il y avait son casse-croute, un morceau de pain, le même que celui d’hier, le même que celui de demain, son pain quotidien.

A 14 ans, Henri embarqua ’officiellement’ sur un bateau sinago naviguant à la voile. Pour ses patrons, l’essayer, c’était l’adopter, aucun ne voulait s’en séparer. Ce sont ses qualités de marin qui l’ont amené à devenir très jeune un patron de pêche, sans doute le plus jeunes de sa génération. Avec ses petites économies, Henri fit l’acquisition d’un vieux bateau sinago, l’ Aventure qu’il s’appelait, pour lui l’aventure commençait, pour Josette aussi devenue sa compagne. Tous deux n’ont que le courage et la jeunesse à s’offrir en partage, tous deux graviront une à une les marches de la réussite. Ils connaitront des hauts et des bas. Dans les plus mauvais moments, Henri rassurait Josette en lui disant : on va réussir, on va réussir ! Tous deux connaitront des joies et des peines, ses joies, Henri aimait les partager, ses peines, il les gardait pour lui, on les devinait parfois en voyant une larme discrète s’échapper de ses yeux humides.

Henri était d’une compagnie et d’une conversation agréables, toujours à l’écoute, un consommateur de connaissances qui se tenait informé de tout ce qui était nouveau. C’est avec un pincement au cœur qu’il dut se séparer de son vieux bateau sinago, pour en construire un neuf, le sien, une première main, il lui donnera le nom ô combien révélateur de ’ Netra hep poen ’ ce qui veut dire en français « Rien sans peine » : ce nom chez Henri prenait tout son sens. Il terminera sa carrière en faisant construire un autre bateau, plus grand, plus moderne, plus fonctionnel. Cette fois, il choisira un nom qui est un témoignage d’amour et de tendresse à l’égard de son épouse, il l’appellera «  Ma Brunette  ». Voilà ce qu’était Henri, la vie lui avait donné une rude carapace, derrière elle se cachait une très grande tendresse.

La vie n’est pas éternelle nous le savons, nous savons aussi, que ne meurent que ceux que l’on oublie. Henri et nous ne sommes pas séparés, une passerelle nous relie, elle s’appelle le pont du souvenir. Henri a franchi ce pont, il est désormais sur l’autre rive, il a été accueilli par ses parents et deux de ses enfants. Henri laisse derrière lui le souvenir d’un comportement qui avait valeur d’exemple, le souvenir d’un infatigable marcheur, le souvenir d’une volonté hors du commun, celui d’un homme généreux qui avait comme on dit, le cœur sur la main.

Vous êtes venu nombreux dans cette église qui l’a vu grandir, lui apporter par votre présence un témoignage d’estime et de sympathie : il le mérite. Vous êtes venus nombreux partager la peine de sa famille, soyez-en remerciés !

Henri ! Tu as appris à ton arrière petit gars âgé de 3 ans, deux mots en breton qu’il répète inlassablement car il a bien retenu sa leçon ; Ces mots sont : ’Cheleu mi ’, ce qui en français veut dire ’ Ecoute-moi ’. A mon tour Henri, je viens te dire ’Cheleu mi’ pour que tu saches que ton nom, est et restera pour toujours gravé dans ma mémoire.

Au revoir mon bon copain !

Jean RICHARD, « dit Jeannot  » Le 29/04/2016.