J’AGIS… COMME JE CROIS

Un jour, au sortir de la Chambre des députés, Thiers adressait ces paroles à un orateur catholique qui venait de parler, dans une question religieuse, avec une admirable énergie :

-  Monsieur, pardonnez-moi la question que je vais vous poser. Croyez-vous vraiment tout ce que vous venez de dire ?
-  oui, certes.
-  Et vous pratiquez comme vous croyez ?
-  Oui.
-  Jusqu’à la messe ?
-  Plus loin.
-  Jusqu’à la confession ?
-  Plus loin.
-  Jusqu’aux Pâques ?
-  Plus loin.
-  Vous communiez souvent ?
-  C’est le plus grand bonheur de ma vie…
-  Monsieur, ajouta Thiers, les larmes aux yeux, vous êtes un grand cœur et bien plus heureux que moi. Je vous félicite et vous envie.

***

Sont-ils nombreux les catholiques de cette paroisse qui pourraient se rendre le même témoignage et recevoir les mêmes éloges ?

N’en est-il pas qui ont la foi et qui, pratiquement, vivent comme s’ils ne l’avaient pas. Ils sont chrétiens.

Le sont-ils jusqu’à la prière ?... Oui.

Jusqu’à la messe ?... Oui encore.

Jusqu’à la confession et la communion pascale ?... Non… et cela, depuis de longues années.

Mais pourquoi ?...

Voyons, mon ami, le Dieu qui vous commande de prier et de sanctifier le dimanche, vous fait une obligation aussi rigoureuse de vous confesser et de communier, au moins une fois chaque année.

Vous n’avez pas le droit de faire un triage dans ses commandements, de prendre ceux qui vous plaisent et de négliger les autres suivant les caprices de vos passions ou de vos intérêts.

C’est un principe qu’il faut mettre sa conduite pleinement d’accord avec ses croyances.

Je suis mahométan,… J’agis en mahométan.

Je suis protestant,… J’agis en protestant.

Je suis catholique,… Je dois agir en Catholique.

Or la confession et la communion pascale font partie de mes principaux devoirs.

Donc je dois me confesser ; donc je dois communier sous peine de me déjuger, de manquer de logique et de droiture, de me mettre en contradiction avec moi-même et en révolte contre Dieu et contre l’Église.

Ce raisonnement me parait solide. Voyez-vous une objection sérieuse à lui opposer ?

-  Il y a si longtemps que je ne me suis pas confessé !...
-  Raison de plus. Plus il y a de suie dans une cheminée, plus il est nécessaire qu’on la ramone…
-  Mais qu’en dira-t-on ?
-  Dans votre famille ?... On bénira Dieu de la généreuse résolution qu’il vous a inspirée. Dans le cercle de vos amis ?... Il pourra y avoir extérieurement quelques sourires,… quelques haussements d’épaule. Mais, soyez convaincu, les plus indifférents envieront, au fond, votre courage et votre fierté… vous laissez aux autres la liberté d’être libres-penseurs ou francs-maçons. Revendiquez toujours pour vous la liberté d’être Catholique et de l’être tout d’une pièce.

Que la fête de Pâques soit vraiment la fête de votre résurrection !...

Extrait du Bulletin paroissial de mars 1908