L’ESCLAVAGE DU DIMANCHE

L’esclavage à l’atelier. Travail du dimanche

Avant la Révolution, le travailleur avait un jour pour se reposer, vivre en famille, se sentir libre et prier en élevant son front vers le ciel. Aujourd’hui, le travailleur est un esclave. Plus de prière ni d’église, plus de liberté, plus de repos !

Il faut trimer toujours, produire toujours, gagner toujours. « Marche, marche, lui dit-on, tu te reposeras quand ton cadavre sera dans la terre ». « Mais le cheval s’arrête, le bœuf s’arrête, la machine s’arrête ». – « Marche, marche, tu vaux moins qu’un bœuf ou une machine, car tu n’as pas d’âme. Quand tu seras claqué, on en mettra un autre à ta place ». « Mais je voudrais aller à l’église, vivre en famille, me sentir un homme ». – « Marche, marche toujours ! L’église ! On s’occupe bien de cela ! C’était bon dans le temps. La famille ! Nous avons bien le temps de penser à cela ! La liberté ! C’est une rengaine. Travaille ou crève de faim ! ».

C’est l’esclavage antique revenu en même temps que le paganisme. Voilà ce que le pauvre peuple a gagné à vivre au sein d’une société sans Dieu.

L’esclavage au magasin

C’est une pitié de voir dans nos pays les magasins et les boutiques ouverts les dimanches et fêtes tout comme les jours ouvriers, - de malheureux commerçants immobilisés à leurs comptoirs et obligés de sacrifier leur repos du dimanche par le caprice de quelques clients et une vente de quelques sous. Pendant ce temps, les cloches sonnent pour les offices, le soleil invite à la promenade, les groupes joyeux vont et viennent…

Mais pour les victimes de l’esclavage moderne, il n’y a plus ni offices, ni promenade, ni vie sociale. A l’attache comme un pauvre chien, il faut que le pauvre boutiquier ronge son frein en silence en attendant les clients rares. Il faut que le maréchal-ferrant soit aux ordres de ceux qui choisissent justement le dimanche pour le ferrage de leurs chevaux.

Il faut que le coiffeur suive les caprices des clients qui lui prennent sans vergogne son malheureux dimanche.

Il faut que les épiciers, boulangers, bouchers aillent livrer ou débitent chez eux les denrées et les substances qu’on aurait très bien pu acheter la veille.

Extrait du Bulletin paroissial de 1911