LE PETIT MOUSSE

Un petit garçon de douze ans venait de s’engager comme mousse à bord d’un navire.

A peine en mer, quelques matelots lui offrirent un verre d’eau-de-vie.

- Excusez-moi, s’il vous plait, répondit-il. Je préfèrerais ne pas boire.

Le capitaine, entendant parler de la sorte, dit au petit mousse :
-  Il faut que tu apprennes à boire de l’eau-de-vie, si tu veux être un vrai matelot.

- Pardon, capitaine, je préfère ne pas le faire.

Le capitaine n’avait pas l’habitude d’entendre les mousses discuter ses ordres.

-  Prends cette corde, cria-t-il à un matelot, et qu’il fasse connaissance avec elle, nous verrons bien si nous le ferons céder.

Le matelot prit la corde et battit cruellement l’enfant.

-  Maintenant, dit le capitaine, boiras-tu ou ne boiras-tu pas ?

-  S’il vous plait, je préfère ne pas le faire.

-  Alors, monte jusqu’au haut du grand mât, tu y passeras la nuit.

Trois heures après, le capitaine, en se promenant sur le pont, se souvint du petit mousse.

Un matelot grimpa aux cordages et trouva le pauvre enfant à la cime du grand mat, gelé et comme mort. Il le descendit, sur le pont et, là, il le frotta jusqu’à ce qu’il reprit connaissance. Quand il fut en état de s’asseoir, le capitaine lui versa un verre de cognac :

-  A présent, bois cela, mon garçon.

-  S’il vous plait, je préfère ne pas le faire. Laissez-moi vous dire pourquoi, et ne vous fâchez plus, capitaine.

Et le pauvre mousse commença son récit.

« Nous étions heureux dans notre maison, autrefois, mais mon père se mit à boire. Il ne nous donnait plus d’argent pour acheter du pain et, un jour, on vendit notre maison et tout ce qu’elle contenait ; Et, voyez-vous, cela brisa le cœur de ma pauvre mère. Elle languit quelques temps, puis elle mourut. Peu d’heures avant sa fin, elle m’appela près de son lit et me dit :

- Jean, tu sais ce que la boisson a fait de ton père. Je voudrais que tu promettes à ta mère mourante que tu ne boiras jamais de boisson enivrante. Je voudrais te savoir à l’abri de la chose maudite qui a causé la ruine de ton père ».

- « O ! Monsieur continua le petit mousse, voudriez-vous me voir manquer à la promesse faite à ma mère mourante ? Je ne le puis, ni le veux !

Ces paroles touchèrent le cœur du capitaine. Des larmes montèrent à ses yeux et, se baissant, il prit l’enfant dans ses bras, en s’écriant :

-  Non, non, mon petit brave, tiens ta promesse et si quelqu’un essayait encore de te faire boire, viens me le dire : je te protègerai.

***

Je ne puis, ni ne le veux. Que ce soit votre réponse, vaillants jeunes hommes, à toutes les propositions qui pourraient rabaisser votre âme.

Sachez vouloir, avec cela vous triompherez de tout.

Extrait du Bulletin paroissial de juillet 1914