LES MAUVAIS JOURNAUX

Supposez que dans votre localité, on organise une grande réunion, à laquelle seraient admis à prendre la parole, un certain nombre de criminels.

Supposez que ces criminels, condamnés pour assassinats, incendies, cambriolages ou attentats répugnants, soient conviés à raconter, devant le public, tout ce qu’ils ont fait et comment ils l’ont fait.

Supposez enfin que vous, pères et mères de famille, vous soyez invités à cette conférence, avec vos jeunes gens, vos jeunes filles, vos enfants.

Dites-moi, à supposer que par impossible cela se produise, répondriez-vous à cette invitation ? Iriez-vous, avec votre famille, écouter les discours de ces abominables gredins ? Pensez-vous que ce soit là une chose à faire ?

Vous m’avez déjà dit non, n’est-ce pas ?

Eh bien, alors ! Pourquoi admettez-vous que ces mêmes gredins vous racontent leurs tristes exploits par l’intermédiaire des reporters ou des feuilletonistes du Journal, du Matin, du Petit Parisien ou autres.

Pourquoi lisez-vous et pourquoi laissez-vous à la portée de tous les vôtres ces longs faits divers criminels qui vous font frémir d’horreur, et qui, vous le sentez bien, ne vous rendent pas meilleurs ?

Parents, vous ne laissez pas vos enfants courir dans la rue avec n’importe qui. Et vous avez raison. Ne les laissez pas non plus lire n’importe quoi : un malfaiteur embusqué derrière un article est souvent plus dangereux qu’un gredin armé qui attendrait vos enfants au tournant d’une rue.

Extrait du Bulletin paroissial de mars 1914