LES PRETRES VICTIMES DE LA REVOLUTION : souffrances des prêtres déportés

Leur situation pendant le jour. – Pour séparer les déportés des gens de l’équipage, on avait fait avec des planches une cloison sur le pont. Aux deux extrémités de cette cloison on avait ménagé deux portes basses et étroites. A chacune de ces portes, en dedans de la partie du pont, destinée aux ecclésiastiques, on tenait toujours une faction un soldat, armé d’un fusil garni de sa baïonnette, d’un sabre et d’une double paire de pistolets. Dans la longueur de la cloison, on avait pratiqué six ouvertures, par où passaient autant de bouches de canon ; et ces canons étaient chargés à mitraille et pointés sur l’emplacement réservé aux prêtres.

La partie du pont, destinée aux déportés, était celle où est placé le mât de beaupré. Cette partie était toujours malpropre, toujours remplie de boue, toujours embarrassée par des cordages et des barriques ; Et aux côtés du mât se trouvaient deux petites loges, dans chacune desquelles on nourrissait un cochon.

Voilà le local où 300 ecclésiastiques étaient obligés de passer toute la journée. Dans cet emplacement étroit et que divers objets embarrassaient encore, les déportés étaient serrés les uns contre les autres, comme le sont des personnes que la curiosité a rassemblées en foule dans un milieu, il fallait qu’ils se tinssent toujours debout ; Et la gêne d’une telle attitude se faisait surtout sentir à l’heure des repas.

Dans cette fatigante position, qui ne devint plus supportable que quand nous eûmes gagné de la place, en perdant plusieurs de nos confrères, nous étions encore exposés à toutes les injures de l’air, à toute l’intempérie des saisons. Pendant l’été, le soleil dardait ses rayons sur nos têtes et nous brûlait le visage. Pendant l’hiver, des brouillards épais nous en enveloppaient sans cesse, et la pluie ou la neige nous tombait souvent sur le corps : nous éprouvâmes toute la rigueur du froid qui se fit sentir en France dans les mois de décembre et de janvier. En tout temps, le roulis du vaisseau incommodait beaucoup la plupart d’entre nous ; Et quand la mer était agitée, ce roulis devenant encore plus fort, leur causait de violents maux de cœur et des vomissements qui allaient jusqu’au sang.

Leur nourriture. – La nourriture des déportés consistait en pain, en biscuit, en viande salée, en morue, en gourganes (espèce de fèves) et en vin.

Ces aliments étaient de très mauvaise qualité ; Le pain était noir et moisi ; Le biscuit gâté et plein de vers ; La viande salée, sèche et dépourvue de suc ; La morue, jaune et pourrie ; Les gourganes, noyées dans une grande quantité d’eau, sur laquelle on voyait surnager un peu d’huile rance ou du vieux oing ; Le vin seul était bon.

La distribution de ces vivres aurait été interminable, si on l’eût faite individuellement. Pour l’abréger, le capitaine l’avait simplifiée. Il avait partagé les déportés par tables composées de dix convives et avait donné à chacune un chef, qui, à l’heure des repas, était tenu d’aller chercher les vivres, destinés à sa table.

(à suivre)

Extrait du Bulletin paroissial de mars 1912