LES PRETRES VICTIMES DE LA REVOLUTION : la maladie

Leur maladie. – ce qui ajoutait encore à l’horreur de la situation des malades, c’est qu’éprouvant des besoins extraordinaires que la maladie occasionnait, et manquant de linge de rechange, ils demeuraient continuellement plongés dans l’ordure, en sorte que leurs vêtements pourrissaient sous eux. La vermine qui les tourmentait habituellement, s’augmentait avec la malpropreté ; Quelquefois même les vers les rongeaient tout vivants. A force d’être frotté contre les planches, tout leur dos s’écorchait et les lambeaux de leurs habits se collaient sur leurs plaies sanglantes. Une odeur infecte, une odeur de mort se répandait dans l’étroit et sombre réduit qui les renfermait, et jamais l’air ne pouvait être renouvelé dans un tel hôpital.

La boisson des malades était une mauvaise tisane ou un bouillon plus mauvais encore ; Souvent même, ils en manquaient entièrement, et souffraient les ardeurs brûlantes de la fièvre sans pouvoir étancher leur soif. Deux prétendus chirurgiens, dont le plus âgé avait vingt quatre ans, paraissaient quelquefois dans les hôpitaux ; Mais ces jeunes gens, par leur inexpérience, nuisaient plus aux malades qu’ils ne les servaient. S’ils leur administraient quelques purgations, ils ne savaient pas en régler la dose, et les médicaments qui auraient pu être utilisés par un emploi modéré, devenaient funestes par un emploi excessif.

Au mois d’août 1794, on supprima les hôpitaux établis sur des barques pour les établir dans la petite ile Madame, voisine de l’ile d’Aix ; Et au mois de novembre suivant, on les transféra sur le rivage du pont des Barques, quand les vaisseaux vinrent hiverner dans ce port. On dressa donc à terre huit tentes et on mit trente lits dans chacune. Ainsi les malades commencèrent à avoir un lit tel quel, et ce fut un grand adoucissement pour eux ; Mais ils étaient très incommodés quand il pleuvait, car la pluie mouillait le grabat dans lequel ils étaient couchés ; D’ailleurs, le régime qui avait eu lieu sur les barques continua d’avoir lieu sous les tentes. La peine des infirmiers se trouva considérablement augmentées par le déplacement des hôpitaux ; Il fallait qu’ils fissent un bon quart de lieue, marchant dans une eau bourbeuse qui leur venait jusqu’à la ceinture, et portant sur leurs épaules, non seulement les malades, mais encore le bois et les autres provisions qu’on envoyait des vaisseaux tous les jours.

Les infirmiers des malades étaient leurs propres confrères. Chacun de nous ambitionnait l’avantage de servir ses collègues, lorsque la maladie venait les frapper ; Nous nous disputions le mérite de cette bonne œuvre et l’esprit de charité excitait parmi nous une rivalité sainte. Le frère Elie, religieux de l’abbaye des Sept-Fons, disait, après avoir obtenu de son supérieur la permission de se consacrer au service des malades : « Je me dévoue à cet honorable ministère. Je sais que ma santé ne résistera pas aux peines et aux fatigues qu’il va me causer ; Mais je sacrifie volontiers mes jours, pour sauver ceux de mes frères, et je mourrai content, si je puis racheter leur vie par ma mort ».

M. Armandot, jeune diacre du diocèse de Poitiers, remplit longtemps avec un zèle admirable les fonctions d’infirmier. La conversation d’un seul ecclésiastique lui paraissait un dédommagement plus que suffisant des peines qu’il prenait, des fatigues qu’il endurait, des dangers qu’il courrait ; Et plusieurs d’entre nous durent à ses soins généreux le rétablissement de leur santé.

Un jour que ce jeune diacre était occupé à hisser les corps de huit prêtres qui venaient de mourir, pour les faire passer de la barque dans le canot, les matelots, trouvant qu’il n’allait pas assez vite dans ce pénible travail, l’invectivèrent avec dureté. Un mouvement de sensibilité dont il ne fut pas le maître lui arracha ces paroles : « Vous êtes plus empressés de venir chercher les morts pour avoir leurs dépouilles, que vous ne l’êtes d’apporter les remèdes pour soulager les malades ».

Cette réflexion fut rapportée au capitaine qui le fit mettre aux fers pendant cinq jours : mais une punition si rigoureuse ne l’empêcha pas de reprendre avec une nouvelle ardeur ses fonctions d’infirmier. Ce diacre, en servant les prêtres à l’autel où ils sacrifiaient, espérait être associé à leur sacrifice ; Mais Dieu, qui l’avait animé d’une charité si vive, ne permit pas qu’il en fût la victime.

(à suivre)

Extrait du Bulletin paroissial de juin 1912