LES PRETRES VICTIMES DE LA REVOLUTION : leur maladie (suite)

Leur maladie. – Les malades, au milieu de leur détresse et de leurs couleurs faisaient paraître une patience inaltérable et une résignation parfaite : ils se montraient les dignes ministres de Dieu dans les nécessités, dans les angoisses, dans les tourments, M. Tabouillot, curé d’une paroisse de Lorraine, demandait à boire à M. de Brigeat, doyen du chapitre d’Avranches, qui le servait. Celui-ci répond qu’il n’a ni tisane ni bouillon à lui donner. Le malade reprend avec une sainte vivacité : « Ah ! Il est bien juste que j’endure cette privation, puisque mon Sauveur a été abreuvé de fiel et de vinaigre ! ».

Ils se complaisaient dans leurs afflictions, ils s’en glorifiaient, persuadés que les afflictions présentes n’ont aucune proportion avec la gloire qui sera un jour découverte en nous. On les maudissait et ils bénissaient ; On les maltraitait et ils priaient pour leurs ennemis, aucune plainte, aucun murmure ne sortaient de leur bouche ; Dans leur misérable hôpital, ils demandaient, comme Jésus au jardin des Oliviers, que la volonté de leur Père s’accomplit en eux.

Dans leur état douloureux, ils étaient donnés en spectacle aux anges et aux hommes ; Aussi ce spectacle fit-il impression sur plusieurs prêtres constitutionnels qui se trouvaient parmi nous. Ces confrères, aveugles ou faibles, avaient adopté toutes les innovations qu’on leur avait proposées et fait toutes les démarches qu’on avait exigées d’eux ; Et pour récompense de leur soumission sincère ou simulée, ils se voyaient condamnés comme nous à la déportation et détenus avec nous. Ce n’était pas là le prix dont on devait payer leur docilité ou leur complaisance et leurs espérances étaient bien cruellement trompées. Aussi dans les premiers temps de notre captivité commune, ils secouaient le joug mis sur eux par la main divine et regimbaient contre l’aiguillon.

Par leur mauvaise humeur, leurs mouvements d’impatience, leurs murmures contre Dieu, ils aggravaient les maux que nous partagions avec eux et appesantissaient la croix que nous portions ensemble. Mais à force d’avoir sous les yeux la tranquillité et la patience de leurs compagnons d’infortune, ils rentrèrent en eux-mêmes et comprirent que notre attachement à l’Église catholique était le principe de cette paix et de cette résignation qui paraissaient en nous dans l’état de santé et plus encore dans l’état de maladie ; aussitôt ils abjurèrent le schisme qui les séparait du centre de l’unité ecclésiastique et ne firent plus avec nous qu’un cœur et qu’une âme.

III. MORT DU PLUS GRAND NOMBRE DES DÉPORTÉS

Nous étions tous les victimes du Seigneur ; Il nous avait tous placés sur l’autel, mais il ne voulut pas nous immoler tous, et son glaive se contenta de frapper la plus grande partie d’entre nous. Dans les dix mois qui s’écoulèrent depuis la fin de mars 1794 jusqu’au commencement de février 1795, les maladies nous enlevèrent à peu près cinq cent soixante confrères, détenus et souffrant avec nous.

Voici les noms de ceux qui étaient les plus connus :

MM. de Brigeat, doyen du chapitre d’Avranches

d’Omonville, chanoine de Rouen.

de Longueil, vicaire général de Metz.

de Vassimont, vicaire général de Saint-Dié.

de Péret, doyen de la Sainte-Chapelle de Bar-le-Duc.

de la Romagère, vicaire général de Bourges (1).

Imbert, ex-Jésuite et vicaire apostolique de Moulins.

Rolland, vicaire général de Mâcon.

de Bries, vicaire général d’Arles.

de Cardaillac, vicaire général de Limoges.

Foucault, archidiacre de Limoges.

Père Prieur de l’abbaye de la Trappe.

Gilbert, vicaire général d’Angoulême.

de Richemont, vicaire général de Périgueux.

Souzy, vicaire général de La Rochelle.

de Luchet, chanoine de Saintes.

Cordier, ex-jésuite. Père Urbain Jacquemart, procureur général des Augustins réformés de France.

(à suivre)

(1) L’abbé de la Romagère dont il est ici question, était le frère de l’abbé Mathias Le Groing de la Romagère, qui partageait sa captivité, et qui par la suite succéda à Mgr Cafarelli sur le siège épiscopal de Saint-Brieuc.

Extrait du Bulletin paroissial de juillet 1912