Les 20 ans de Jean et Jeanne

(texte repiqué : voir la source)

Du nom des habitants de Séné, le Sinago est une chaloupe de pêche, à la coque noire enduite de coaltar et portant des voiles de couleur ocre, utilisée à la pêche côtière de tous types de poissons, ainsi qu’à la drague (huîtres, coquillages…). A son bord, 2 personnes, le plus souvent le mari et la femme.

Le Sinago de type 1905, outre des formes plus à même de répondre à un secteur de navigation élargi par rapport à celui de 1880, permet un maniement et des manœuvres abordables pour tous. Il présente la particularité d’avoir été utilisé sous les deux formes de gréement connus : la première à voiles rectangulaires, et la seconde à voiles apiquées, progressivement à partir de 1920.

Le Sinago Jean et Jeanne navigue aujourd’hui sous ces deux formes de gréement.

En dépit des difficultés, le Pays de Séné a su, jusqu’à présent, maintenir vivante sa vocation maritime – une flottille de pêche est encore armée - retrouvant lors des traditionnelles "Fêtes de la Mer" à Port Anna, l’ambiance des fêtes passées.

Le Sinago est encore aujourd’hui le symbole de la tradition maritime du Golfe du Morbihan, même si des pinasses à moteur plus classiques l’ont désormais remplacé.

Historique du Jean & Jeanne

C’est lors des traditionnelles Fêtes de la Mer à Séné, qu’a été émise l’idée, par plusieurs jeunes de la commune de Séné, de faire reconstruire à l’identique un Sinago qui appartiendrait au patrimoine communal.

L’association "Un Sinago pour Séné" rassemblant plusieurs associations de la commune a été constituée.

Le choix du bateau à construire s’est porté sur un Sinago de la période 1905, type "Jean et Jeanne", complètement disparu.

Jusqu’à ces dernières années, on connaissait deux types de Sinagos :

  • Le premier, existant dans la seconde moitié du 19° siècle, découvert grâce à la parution, dans un numéro de la revue "Le Yacht" de 1889, du plan de l’un de ces bateaux, le "Souvenir", construit en 1883.
    Les caractéristiques et performances de ce type nous sont aujourd’hui mieux connues grâce à la reconstitution du "Souvenir" faite en 1986 dans le cadre des stages de charpente marine de la FRCM (Fédération Régionale pour la Culture Maritime).
  • Le second, utilisé jusqu’en 1963 par les pêcheurs, construit entre 1919 et 1943 au chantier Querrien au Bono, près d’Auray, et dont quelques exemplaires ont été récupérés pour la plaisance entre les années 1960 et 1970.

De ce type, 3 exemplaires naviguent à ce jour :

  • Le "Trois Frères", sinago authentique construit en 1943, classé Monument Historique en 1983, et entièrement restauré en 1985/1986 au chantier Michelet de Conleau (Vannes) pour le compte de l’Association "Les Amis du Sinagot".
  • Le "Mab er Guip", et
  • "Ma Préférée", construits en 1985 et 1980 par le chantier du Guip à l’Ile aux Moines, copies des "Vainqueurs des Jaloux" et "Ma Préférée" sinagos de 1933.

Les différences très marquées entre ces 2 types de bateaux laissaient supposer l’existence de modèles intermédiaires, malgré l’absence de plans ou de photos permettant d’en déterminer les caractéristiques essentielles.

L’existence d’un Sinago intermédiaire s’est révélée lors de fouilles menées en avril 1984 par Jean Pierre Le Couveour sur une épave de Sinago indiquée comme étant celle du "Jean & Jeanne", sinago ancien ayant navigué jusqu’à la fin des années quarante.

Grâce à un enfouissement total sur un haut de grève relativement protégé (à Ar Gouaren, près de Montsarrac en Séné), plus d’une demi-coque avait pu être conservée pratiquement en l’état, permettant la réalisation d’un relevé précis. Les principaux documents officiels du bateau ont été retrouvés aux Archives des Affaires Maritimes. La confrontation et le recoupement de l’ensemble des données a permis l’établissement des plans du bateau par Jean Pierre Le Couveour.

Le sinago de type 1905 présente donc un intérêt historique et archéologique évident dans tout le contexte de préservation et de reconstitution de notre patrimoine : ce bateau est en fait le "chaînon" manquant entre les grands sinagos d’après la Première Guerre Mondiale et leurs ancêtres du XIX° siècle.

La construction de la copie du "Jean & Jeanne" a été confiée au chantier du Guip, à l’Ile aux Moines, et le bateau a été mis à l’eau le 8 mai 1990, en même temps que le Crialeïs, autre sinago naviguant sur le Golfe.