M. L’ABBE GACHET MATHURIN

Oui, c’était peut-être le meilleur des fils de Séné, où il avait pris naissance en 1868. Il était le second de trois frères, aujourd’hui dispersés. Leur sœur est restée près de sa mère, veillant avec elle sur la tombe du père, qui fut longtemps l’homme le plus estimé du canton, parce qu’il était le plus droit, le plus doux, et le plus serviable de tous. Son fils Mathurin avait plus spécialement hérité de sa droiture, de sa douceur et de son dévouement.

Il devait bientôt montrer ces qualités dans le saint ministère. Après de bonnes études au Petit-Séminaire de Sainte-Anne, où il gagna l’estime affectueuse de ses maîtres et l’amitié fidèle de ses condisciples, il continua au Grand-Séminaire de donner les preuves de la vocation la plus sûre. Ses aptitudes, développées par de constants efforts, promettaient un excellent prêtre au diocèse. Il réalisa l’espoir conçu par ses supérieurs, soit au Petit-Séminaire, comme maître d’études, soit à Landaul, à Melrand et à Auray, comme vicaire.

Partout il se fit aimer, car partout il se dépensa sans bruit, toujours prêt au premier appel. A Séné, ses petits camarades se disaient : quel bon garçon que Mathurin ; A Sainte-Anne ses élèves : quel bon maître, et dans les trois paroisses tous les fidèles disaient à l’envi : quel prêtre aimable et dévoué ? En dehors du saint ministère, il aimait à rendre service ; Sans jamais se mettre en avant, il ne refusait rien à personne. Il était devenu très habile projectionniste et mettait son plaisir à charmer les yeux ; Décorateur plein de goût, il a doté Auray, comme peu de villes le sont, d’œuvres durables. Surtout il aimait le chant de l’église et la musique. C’est à lui que son Curé confia la petite maîtrise de Saint-Gildas et il se faisait un bonheur de préparer ces enfants aux offices sacrés, prêtant son concours personnel aux chœurs des grandes solennités et à la Lyre Alréenne.

Aussi le jour de son service funèbre à Auray, on a vu quels regrets il laissait après lui, et de quelle sympathie universelle il était entouré. Toute la ville avait pris le deuil, les magasins étaient fermés sur le parcours du cortège funèbre. Toutes les familles étaient représentées à l’église ; Les écoles libres, le Patronage des jeunes Volontaires de Saint-Gildas, le groupe de la Jeunesse catholique et les membres de la musique paroissiale précédèrent le clergé. Près de 70 prêtres entouraient le cercueil à travers la foule accourue jusqu’à l’extrémité de la ville pour adresser un dernier hommage, avec le dernier adieu, à la dépouille mortelle de ce vicaire tant aimé et tant regretté que sa famille en larmes emportait à Séné, berceau de son enfance.

Ici, se renouvela la cérémonie de la veille, moins grandiose sans doute, mais aussi touchante qu’à Auray. De tous les points de la paroisse, amis, parents et enfants étaient accourus en foule pour unir leurs larmes et leurs prières à celles d’une centaine d’Alréens et de nombreux prêtres venus de toutes parts entourer le cercueil du confrère qu’ils aimaient. Et c’était justice, car M. Gachet avait bien quelque droit lui aussi à sa part de gratitude pour le bien accompli dans la paroisse de Séné par son regretté père et continué si généreusement par sa dévouée sœur dans la mission pénible, mais consolante de l’éducation chrétienne de ses jeunes compatriotes. Aussi quand M. Le Vicaire Général, Le Senne a fait ressortir en termes émouvants la bonté la douceur et l’affabilité du cher défunt, chacun s’est dit : c’est bien ainsi, que nous avons connu, compris et aimé M. Gachet. – Et maintenant qu’il repose dans la paix du Seigneur aux côtés de son père, et pour tous deux, lecteurs de ce Bulletin, une petite prière.

Extrait du Bulletin paroissial de 1911