MA PREFEREE

Ma Préférée , est le nom donné au Sinago appartenant à Pierre Doriol de la fratrie des Brazic, ce qui en Français peut vouloir dire “grand pêcheur“. Lui, on l’appelle Petit Père, pour le différencier de ses 2 cousins germains portant le même nom : l’un est surnommé Toutou et l’autre 108 hales, à cause d’une concession qui lui fut accordé sur le domaine public maritime : sa contenance était de 108 ares. Pourquoi ce nom ? Mystère, "comme beaucoup d’autres d’ailleurs".

Juin 1954, le Sinago Pierre et Louis appartenant à Pierre Doriol, dit Toutou, rentre au petit matin à Port-Navalo, après une nuit de chalutage en Baie de Quiberon. Le novice Jean Richard, qui vient de remplacer le matelot André Jouan, dit Teuteu, parce que Tonton vient voir sa femme, quand il est en Mer avec Toutou, attire l’attention de son patron sur une Dame qui fait des grands gestes, depuis la cale.

Il s’agit de la tenancière du Café du Port, appelée Beg ru, à cause du rouge à lèvres qu’elle a tendance à faire déborder plus que la normale ; En Français, cela veut dire "bouche rouge". Elle est toute excitée la Beg ru. Il faut s’approcher au plus près pour comprendre qu’elle vient de recevoir un coup de téléphone lui annonçant que le Sinago Ma Préférée a été abordé au large de La Trinité / Mer, près de la Bouée de La Souris, "celle du Rat est plus proche du continent". Pierre Doriol et son matelot René Grégam ont été récupérés in-extrémis par le bateau qui a abordé le leur... Il faut dit’elle que tous les bateaux Sinagos se rendent sur les lieux du naufrage. La légendaire solidarité maritime entre en action et une dizaine de bateaux se rendent sur zone. C’est le jeune Jean Richard qui aperçoit le premier, l’annexe du Ma Préférée , reliée par un filin à ce qui est devenue une épave localisée par la même occasion, la bouée Souris est toute proche, des débris flottent ici et là, des caisses de poissons vides, alors qu’elles étaient pleines au petit matin.

L’important c’est que Pierre et René soient toujours en vie. Pour l’instant, ils sont au port de la Trinité / Mer. Décision est prise, d’aller les voir. Ils sont émus quand ils aperçoivent leurs copains Sinagots : ils sont entourés, réconfortés... Plaie d’argent pas bien méchant, plaie de santé, à redouter.

L’identité de l’abordeur est porté à la connaissance des présents ; Il s’agit, d’un nommé Daniélo, patron d’une pinasse appartenant à l’évêché de Quimper !

La nouvelle de ce naufrage est rapidement connue de la presse : elle arrive à La Trinité / Mer. Deux journalistes, l’un du journal La Liberté, futur Le Télégramme et l’autre Ouest-France, cherchent des témoignages.

Celui de La Liberté demande à monter à bord du Pierre et Louis . Permission accordée, il se présente et s’adresse au patron :

-  Auriez-vous un tuyau à me communiquer au sujet de ce naufrage ?
-  Hein tuyau, mais je n’ai pas de tuyau à bord pour vous !

C’est alors qu’intervient son jeune matelot pour indiquer à son patron que le journaliste demande un renseignement.

-  Il n’a qu’à parler Français comme tout le monde : tuyau, tuyau...

Finalement, le journaliste pourra faire son article.

Ma Préférée , sera renflouée, réparée. Elle reprendra la Mer puis, remplacée par une Pinasse du genre de celle qui l’avait envoyé par le fond, elle s’appellera St Pierre . Ma Préférée sera vendue. Elle navigue toujours avec des voiles bleues. Elle apparait sur les boites de conserve Petit Navire...

Le Kanak, 17/12/2014