SAUVE PAR LA CROIX

A l’occasion de la terrible tempête qui a englouti plus de cent pêcheurs basques le 12 août dernier, la presse de Saint-Sébastien a raconté l’émouvant sauvetage d’un pêcheur de Lequeitio, Jean-Daniel Escurza, âgé de 37 ans et père de cinq enfants.

Le bateau San-Nicolas, dont il était patron, avait un équipage de huit hommes. Surpris par la tempête et voyant leur barque près de sombrer, ils lièrent deux mâts en croix, les jetèrent à l’eau. Le patron et deux hommes s’y cramponnèrent, tandis que les autres s’accrochaient à la barque et sombrèrent avec elle.

Douze heures s’écoulèrent pendant lesquelles le patron exhortait ses deux compagnons à prier la sainte Vierge et à espérer. Ils se demandèrent mutuellement pardon de leurs torts et recommandèrent leur âme à Dieu.

« Courage  ! Courage  ! » Ne cessait de leur dire Jean-Daniel, plus confiant que les deux autres. Mais ce jour-là, le mardi, ses deux compagnons, n’en pouvant plus, disparurent l’un après l’autre dans l’abîme. Jean-Daniel restait seul attaché à la croix. Il y resta encore ce jour-là et la journée du lendemain, poussant, en vue des bateaux de pêche qu’il apercevait, des cris qu’on n’entendait point.

Cramponné d’une main à sa croix, il appuie les pieds sur des cordages qui lui servent d’étriers, toujours intimement convaincu qu’un bateau le sauvera. Durant toute la journée de mercredi, son espoir reste vain. «  J’attendrai jusqu’à demain », dit-il avec une résignation stoïque ; Et, en effet, jeudi, dès les premières heures de la matinée, une barque le recueille et le porte à Saint-Sébastien, avec cette croix qu’il vénérera désormais à un double titre : et comme symbole de sa foi et comme un impérissable souvenir de l’horrible tragédie du golfe cantabrique.

Le roi a voulu voir ce brave marin et l’a chaudement félicité de son courage indomptable.

Extrait du Bulletin paroissial de février 1913