TRAHISON

Amirauté de Vannes, 1781 à 1784

Trahison en temps de guerre sur un Corsaire Anglais

Le 25 avril 1781, Jean Thébaud âgé de 30 ans, demeurant à l’Ile d’Arz, faisait route avec son équipage sur un chasse-marée, la Marie Françoise. Parti de Brest dans la matinée avec des vents passagers et favorables, il avait mis à la voile à destination de Bayonne pour y charger une cargaison d’avirons pour les ramener à Brest.

Alors que la Marie-Françoise se trouvait à 4 lieues au large de Belle-Ile, l’équipage aperçut un bâtiment grée en lougre qui faisait route vers eux par l’arrière. Le bateau était rendu à moins d’une encablure de la Marie-Françoise lorsqu’un des matelots Pierre Le B........., originaire de l’Ile d’Arz, désigna à ses compagnons le pavillon à fleur de Lys d’Or sur fond bleu. Le navire armé d’une dizaine de canons de 3 livres s’appelait l’Hyrondelle. A son bord, les matelots étaient en tenues ordinaires, ils ne se distinguaient guère de celles qu’ils portaient eux-mêmes. Il ne fallut pas longtemps à Jean Thébaud pour s’apercevoir que ce bateau était un Anglais naviguant sous pavillon Français ; Si l’équipage ne parlait que l’Anglais, le Capitaine lui, parlait un excellent Français. Il prévint Jean Thébaud qu’il allait amariner son chasse-marée. A cet instant, un matelot parlant Anglais, lui désigna la Mer, là-bas à l’horizon, un navire qui ressemblait à une frégate Française. Le Capitaine abrégea ses pourparlers et s’adressant à Pierre Le B........., qu’il prit par erreur, pour le second Capitaine ; Il lui enjoignit de le suivre seul à son bord. Un jeune matelot de la Marie-Françoise, Jean Tallien, âgé de 20 ans à peine, demeurant à l’Ile d’Arz, conserva un souvenir ému de cette scène.

« ... Pierre Le B.......... fut saisi au collet pour le mettre à bord du canot anglois venu pour les amariner. Il pleuroit et se lamentoit beaucoup en quittant dudit chasse-marée pour estre conduit à bord du corsaire anglois. »

Le Corsaire Anglais ordonna à Jean Thébaud de hisser les voiles et de le suivre, sous peine de représailles. Ils mirent le cap sur l’Angleterre. A la tombée de la nuit, la menace de la frégate Française avait disparue. La nuit tomba, bientôt corsaire et chasse-marée se perdaient de vue, Jean Thébaud mis à profit cette obscurité pour faire demi-tour et mettre le cap sur Bayonne, abandonnant Le B........... aux Anglais. Il fut débarqué à Paul Parais, à 8 lieues de Falmouth, en attendant d’être échangé contre un citoyen Anglais prisonnier en France.

Raid sur les chasse-marée Bretons

Le 2 juin 1781, le chasse-marée Jouachin-Marie, commandé par Benoit Pinto de l’Ile aux Moines, quitte St Gilles avec une cargaison de sel. Il est arraisonné par un corsaire Anglais, Pinto et 2 de ses matelots, Guyodo et Guillotin de l’Ile aux Moines, sont transférés à bord du corsaire et emprisonnés dans la cale. A peine installés, quelqu’un parle en Breton à Guilotin « - Est ce vous Vincent ? » Stupéfait, il se retourne et reconnait Pierre Le B......... qui lui tendait la main. Il lui expliqua qu’il était prisonnier des Anglais mais qu’à bord, il ne faisait que boire et se divertir. Le capitaine Anglais se tenait à ses côtés. Le B........., s’informa auprès des prisonniers « Dans le port de St Gilles, y’a t’il d’autres chasse-marée ? ». Ah oui, il y en a quatre autres chargés de sel, prêts à partir ! Le B...........,’coudoya’ alors le capitaine Anglais. Pris de soupçon, Pinto suivit les 2 hommes à leur insu et il entendit Le B........., faire part au capitaine de cette information. Ils surent que Le B............. était complice des Anglais, alors qu’il se prétendait leur prisonnier.

- Le chasse-marée Saint – Jacques, capitaine Athanaze Guégan 45 ans de Quiberon
- Le Sainte -Barbe, capitaine François Thébaud de l’ile aux Moines
- La Marie -Louise, de la rivière de Vannes, capitaine Vincent Coturel, 40 ans de l’Ile d’Arz
- La Société, capitaines Pierre Berthelot Jeune, 30 ans de Locmariaquer et Joseph Le Douarin, 30 ans, de l’Ile d’Arz.

Le corsaire Anglais, les suivait à distance. Cette fois, les équipages Bretons opposèrent une farouche résistance au corsaire ; Le B........... était resté sur le pont pendant l’engagement. C’est alors que Guillaume Guyodo “ayant mis la tête à une écoutille “le vit pointer les canons vers les chasse-marée Français. Tous les équipages furent emprisonnés dans les cales du corsaire ; Le B......... s’adressait à eux en langue Bretonne, répétant sans cesse, que malgré les apparences, il était prisonnier des Anglais. Selon Athanaze Guégan, il était traité comme un matelot Anglais, mangeant et buvant avec le capitaine, qui l’avait même emmené dans une campagne avec lui pour voir sa maîtresse, avec qui il devait se marier.

Après plusieurs heures de navigation, l’Anglais et ses prises, furent repérés par une frégate Française. Le capitaine de l’Hyrondelle, l’ayant aperçu à temps fit abandonner ses prises et prit la fuite toutes voiles dehors, la frégate Française ramena les chasse-marée et leur cargaison à Lorient.

Le 27 mai 1782, le chasse-marée le Sainte-Anne, capitaine Simon Jégo, 43 ans d’Arzon, faisait route vers les côtes Bretonnes avec 18 tonneaux de vin en provenance de Libourne, il fut à son tour amariné par le corsaire Anglais.

Juillet 1782, retour au pays de Le B.............

Il arrive à Vannes le 18 juillet ; C’est un homme âgé de 58 ans, 1,70 m, belle stature, originaire du Bono, et demeurant à l’Ile d’Arz depuis 24 ans avec sa femme Janeton et ses enfants. Il avait fait ses armes sur le Protecteur, bâtiment de guerre commandé par Monsieur de Grasse et avait participé à la guerre de l’Indépendance Américaine.

Le B..........., attend sur le port de Vannes un bateau pour le conduire chez lui, à l’ile dArz. Pour tuer le temps, il pénètre dans l’Auberge de l’Hôtel de la Marine et va s’asseoir à une table occupée par Joseph Pernès d’Arradon, maître de chaloupe et Joseph Blévec, charretier à Calmont haut. Le B........., explique qu’il a été prisonnier des Anglais etc… Pernès lance sur lui un regard inquisiteur et lui demande “si c’était lui qui se nommait Le B.........., il acquiesce. La présence de Le B.........., fut rapidement portée à la connaissance de l’Amirauté de Vannes, des soldats en armes vinrent arrêter Le B.......... : il n’opposa aucune résistance. Emprisonné, il attendit que son procès s’ouvre.

Le 1 mai 1984, Le B..........., toujours détenu, fut reconnu coupable de trahison en temps de guerre. Il fut condamné à être pendu et étranglé jusqu’à ce que mort s’ensuive à une potence qui pour cet effet sera dressée sur la place du marché de cette ville de Vannes pour être ensuite son corps exposé à une potence dressée sur la principale grève de l’Isle d’Arz et l’avons condamné aux dépens.

L’accusé fit appel et fut nourri avec le Pain du Roi en attendant son 2 ème procès. Le 19 août suivant, la cour de Rennes après avoir revu le procès des juges de Vannes énoncèrent dans leur arrêt :

“a renvoyé Le B.........., quousqué ’ souligné dans le texte ’avec néanmoins preuves tenantes, et que les portes de la prison, lui soient ouvertes si pour d’autres causes il n’y est détenu.

Le B..........., venait de sauver sa tête, il retrouva, femme et enfants à l’Ile d’Arz.

Le Kanak, 07/10/2014