URSULLE

Descente de Mâltotiers chez Ursulle

Kerguet en Sarzeau, 1756

Jean François Robert et Julien Nicolas Thérault étaient des agents des contributions directes, commis à la ferme des "Devoirs " chargés de percevoir un impôt appelé la Maltôte sur le commerce des alcools. Ils menaient une lutte sans merci aux fraudeurs. Comme toujours en matière fiscale, leurs pouvoirs étaient vastes, ils étaient honnis de l’ensemble de la population, Clergé, Noblesse et Tiers-Etat, confondus. Par dérision, on les appelait " mâltotiers".

Les sieurs Robert et Thérault avaient recueilli un renseignement, d’une personne souhaitant conserver l’anonymat, faisant état de ce qu’il se débitait du vin et autres boissons alcoolisées en fraude dans une maison particulière du petit village de Kerguet en Sarzeau. Il s’agissait d’une grande maison appartenant à Marie Daniel, qui l’avait affermée à l’Abbé Julien Le Pan, prêtre de Kerguet, pour lui servir de réserve, " pour y loger des denrées provenant de son patrimoine ". Cette maison étant trop vaste pour ses besoins, il en laissa gracieusement une partie à sa sœur, Ursulle Le Lan, sous la condition, qu’elle apporte des soins pour accommoder à manger aux journaliers qui travailleraient pour lui, le cas échéant.

Robert et Thérault avaient été prévenus qu’ils ne trouveraient rien d’anormal en entrant et que les réserves de vins et d’alcool étaient entreposées dans un petit cabinet, fermé à clef en permanence et dont l’accès était farouchement défendu par Ursulle LAN, au motif que son frère prêtre s’était réservé ce local en privé.

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Le 01/09/1756, sur le coup de 15 h, Robert et Thérault firent brusquement irruption dans la maison de Kerguet. Quelques clients étaient présents ; Prudemment, ils sortirent de la maison dès qu’ils connurent la qualité des arrivants, sans s’éloigner toutefois, curieux de savoir ce qui allait se passer. Après avoir exposé l’objet de leur visite à Ursulle, ils commencèrent à fouiller les lieux. C’est alors que cette dernière s’aperçut qu’elle avait laissé la clef sur la porte du cabinet. Aussitôt, elle alla discrètement l’enlever et la serra bien fort dans sa main. Son geste n’ayant pas échappé aux commis, ils désignèrent la porte fermée à clef et demandèrent ’ comme par routine ’, à jeter un œil à l’intérieur. Ursulle blâma leur indiscrétion et refusa fermement d’accéder à cette demande prétextant que son frère le prêtre Le LAN, se réservait ce lieu pour y mettre ses affaires personnelles. Les commis réitérèrent leur demande, ce fut peine perdue, Ursulle crispa sa main recelant la clef et leur fit savoir qu’il n’était pas question qu’elle ouvre cette porte. Et bien c’est ce qu’on allait voir !

L’un des commis se précipita sur Ursulle, lui prit la main et tenta de lui arracher la clef ; Ils roulèrent par terre, Ursule criait à la force, à l’abus de pouvoir, demandant de l’aide. Les quelques badauds demeurés à l’extérieur se gardèrent bien d’intervenir contre les commis, qui durent se mettre à deux pour enlever de force la clef de la main d’Ursulle. Elle se releva, rajusta sa coiffe et mis de l’ordre dans ses habits. Les commis ouvrirent la porte avec la clef si chèrement obtenue et s’engouffrèrent dans ce lieu interdit ; Ils découvrirent le fruit du délit, quittèrent les lieux avec leur butin et invitèrent la sœur du recteur, à venir signer le procès-verbal de saisie à leur bureau.

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Ursulle avisa aussitôt son frère. Le prêtre indigné par le fait que ces hommes de loi n’aient pas respecté son état et aient forcé son cabinet privé, fit visiter sa sœur par un chirurgien de Sarzeau : il constata des traces de violences et établit un certificat. Dans la foulée, le prêtre déposa une plainte à la Sénéchaussée de Rhuis, mettant en avance l’article 51 du bail des Etats de Bretagne qui interdit, à tous commis de faire aucunes ouvertures réelles ou entrées en quelque maison que ce fut sans être assistés des juges du lieu.Encore bien moins en usant de violences. L’Abbé Le PAN déposa ses conclusions écrites à la justice de Rhuis dans lesquelles il signalait la présence de 5 témoins ; Il réclamait pas moins de 300 livres de dommages et intérêts pour le préjudice subi.

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Le Procureur Brenugat ne put que faire autrement que de constater que les 2 commis avaient contrevenu à l’article 51 du bail des Etats de Bretagne ; Il requit une peine d’amende contre eux !

Le 7 octobre 1756, jugeant seul le sénéchal déclarait que les commis avaient pris de force les clefs dans la poche de la dite Le Lan. Il les condamna à verser aux victimes, 72 livres de dommages et intérêts, plus 10 livres à sa Majesté Le Roi, ainsi qu’aux dépens du procès soit 92 livres” Et que défense leur soit faite de tomber en pareille faute cette malheureuse affaire coûta aux 2 commis la somme de 164 livres.

Quant au procès verbal constatant l’infraction à la loi sur les vins et alcools, contre Ursulle Le Pan, il n’en fut plus question.

Le kanak, le 08/10/2014