Port Anna hier

Port-Anna ou l’histoire d’un trou de vase devenu port

L’image de Port-Anna fait le bonheur des amateurs de cartes postales. Avec ses traditionnels sinagos en bois, ses petits chalutiers colorés, sa maison rose servant d’amer aux navigateurs et sa cale sur laquelle s’animent souvent pêcheurs et ostréiculteurs débarquant le produit de leur travail. Comme s’il s’agissait là de l’ultime témoignage d’une certaine vie du Golfe en voie de disparition. Et pourtant cette cale est relativement récente.

« Un trou de vase entre des rochers »

« Contrairement à ce que beaucoup imaginent, Port-Anna n’est pas lié à l’histoire des sinagos. Son aménagement n’a été réalisé qu’en 1953, alors que ces voiliers traditionnels avaient quasiment déjà disparu. C’est le maire Alphonse Le Derf, qui travaillait aussi à l’Equipement, qui l’a voulu pour abriter les pinasses des pêcheurs », témoigne Jean Richard, ostréiculteur en retraite, installé de longue date à deux pas du port. « Auparavant ce n’était qu’un mouillage naturel, un trou de vase entre des rochers, dans lequel venaient s’échouer quelques sinagos. Mais l’essentiel de la flotte des 647 sinagos construits depuis 1848 a toujours mouillé à l’abri, à Langle, Cadouarn, Moustérian et Montsarrac. »

Pêcheurs en recul

Longtemps Port-Anna n’a été que le seul point de ravitaillement en carburant pour les bateaux de travail. « On comptait une vingtaine de pinasses de Séné mais on y venait aussi de Sarzeau, l’Ile-aux-Moines ou Arradon. Le samedi matin, il y avait souvent la queue pour les pêcheurs qui préparaient leurs chalutiers pour partir tôt le lundi matin. Il a fallu agrandir l’embout du tuyau pour accélérer le débit de distribution ! Ça rapportait une belle redevance à la commune », se souvient le retraité de 74 ans.

Moins de dix bateaux

Aujourd’hui Port-Anna abrite moins de dix bateaux qui pratiquent successivement la pêche à la morgate, au rouget, à la crevette, à la coquille saint-jacques et à la civelle. « Certains ne sont même plus basés à Séné car avec la hausse du carburant ils partent directement de Quiberon et Saint-Jacques, à Sarzeau, sur leurs lieux de pêche. En fait, selon Jean Richard,ce sont les ostréiculteurs qui sont devenus les utilisateurs les plus réguliers du port »,

Un seul ostréiculteur

Hier, la commune en recensait près d’une centaine mais aujourd’hui il ne reste plus qu’un ostréiculteur du cru. Une dizaine de Charentais a pris la relève. « Les concessions ont été rachetées par des professionnels de Marennes-Oléron. C’est là-bas qu’ont lieu les captages, les huîtres sont ensuite élevées dans le Golfe du Morbihan, avant de repartir en Charente-Maritime pour être affinées. Elles ne sont donc plus triées sur la cale de Port-Anna comme dans les années soixante mais l’activité de transport y est importante. » Et depuis deux ans la crise liée au virus qui touche ce mollusque a réduit l’animation.

Patrick CERTAIN.